IInitiation à la liturgie

3e THÈME :

LITURGIE DES HEURES

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LA SANCTIFICATION DES HEURES  

            Signification de chaque Heure
                    L’Office du Matin
                    L’Office du Soir
                    L’Office des Lectures
                    Les Offices du Milieu du Jour : Tierce, Sexte et None
                    Complies     

PSAUMES et PSALMODIE

1-POÉTIQUE des PSAUMES

            1) Langage discontinu :
            2) Le souffle et rythme
            3) Le  parallélisme
            4) Pulsation
            5) Le verset
            6) La strophe
            7) Le  rythme
            8) Tons psalmodiques             
            9)  Formes de psalmodie
          10) Genres littéraires

L'office divin,
d'après l'antique tradition chrétienne,
est constitué de telle façon
que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de Dieu.
Lorsque cet admirable cantique de louange
est accompli..., alors c'est vraiment la voix de l'Épouse elle-même qui s'adresse à son Époux; et même aussi, c'est la prière du Christ avec son Corps au Père.
                     Constitution sur la Liturgie

 

 LITURGIE DES HEURES

           Le Souverain Prêtre de la nouvelle et éternelle Alliance, le Christ Jésus, prenant la nature humaine, a introduit dans notre exil terrestre cet hymne qui se chante éternellement dans les demeures célestes. Il s'adjoint toute la communauté des hommes et se l'associe dans ce divin cantique de louange.

            En effet, il continue à exercer cette fonction sacerdotale par son Église elle-même qui, non seulement par la célébration de l'eucharistie, mais aussi par d'autres moyens et surtout par l'accomplissement de l'office divin, loue sans cesse le Seigneur et intercède pour le salut du monde entier.

            L'office divin, d'après l'antique tradition chrétienne, est constitué de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de Dieu. Lorsque cet admirable cantique de louange est accompli selon la règle par les prêtres ou par d'autres, députés à cela par institution de l'Église, ou par les fidèles priant avec le prêtre selon la forme approuvée, alors c'est vraiment la voix de l'Épouse elle_même qui s'adresse à son Époux; et même aussi, c'est la prière du Christ avec son Corps au Père.

            Par conséquent, tous ceux qui assurent cette charge accomplissent l'office de l'Église et, en même temps, participent de l'honneur suprême de l'Épouse du Christ, parce qu'en acquittant les louanges divines, ils se tiennent devant le trône de Dieu au nom de la Mère Église. SC 83-85

           Le temps demande à être vécu pour Dieu, comme le Christ l’a vécu lui-même dans son existence entière. 
La prière des Heures vient au long du jour exprimer la volonté de l’Église de «prier sans cesse» vers Celui dont elle reçoit la vie pour, avec Lui, rendre grâce et intercéder.  La prière des Heures constitue l’Église en prière dans un dialogue fervent avec le Christ son Époux.  Prière de l’Église, la prière des Heures est aussi la prière du Christ adressée au Père : le Christ prie pour nous et en nous; et nous, nous prions par, avec, et en Lui.  Chaque baptisé participe de cette louange incessante du Christ et de l’Église.  Quand on prie les Heures, le temps, toutes les réalités et les activités humaines se trouvent sanctifiés.

              Cette prière ecclésiale reçoit aussi le nom d’Office divin, ce qui signifie que l’Église a une charge à exercer, une fonction à remplir au coeur du monde : louer Dieu appartient à notre vocation humaine.  L’Église, par la prière des Heures, exerce sa fonction de peuple chargé de la louange de Dieu.  De ce fait, la prière des Heures revient à l’Église tout entière.
            La prière des Heures s’appelle aussi Liturgie des Heures.  Cette dénomination vient rappeler que cette prière est une action du Christ et de l’Église.  Elle souligne la dimension communautaire qui caractérise toute action liturgique.  Il s’agit d’un attachement effectif de la part de l’Église, il s’agit de célébrer l’Heure qui correspond au moment du temps.  Chaque jour présente cinq offices: laudes ou Office du Matin, les trois Heures du Milieu du jour : tierce, sexte, none, les Vêpres ou Office du Soir et les Complies.  L’Office des Lectures n’est pas lié à un moment précis mais peut se célébrer à n’importe lequel du moment du jour ou de la nuit.  Ce parcours symbolique du jour inspire le choix des psaumes, des répons, des hymnes, pour faire mémoire du Salut au long du jour.  Le temps humain s’ouvre au temps de Dieu.

            Saint Cyprien, décrivait le saint parcours de la prière publique de l’Église en ces expressions: «Il faut prier le matin pour célébrer la Résurrection du Seigneur.  De même quand le soleil se couche et que le jour s’achève, il faut encore prier.  Le Christ est le vrai soleil, il est le jour véritable.  Au moment où disparaissent le soleil et le jour de ce siècle, nous prions, nous demandons que la lumière vienne sur nous; nous intercédons alors pour que se produise l’avènement du Christ et la révélation gracieuse de la lumière éternelle...  Le vrai soleil et le véritable jour c’est le Christ.» (La Prière du Seigneur).

 
LA SANCTIFICATION DES HEURES  

           «Au début de l’Église, en diverses contrées, la coutume s’est établie assez rapidement d’affecter à la prière commune des moments déterminés, comme la dernière heure du jour, lorsque tombe le soir et qu’on allume les lumières, ou la première heure, quand devant l’apparition de l’astre du jour, la nuit touche à sa fin.  Avec le temps, l’Église allait sanctifier par la prière commune d’autres heures encore, comme cela était suggéré aux Pères par la lecture des Actes des Apôtres.  Les Actes en effet, nous montrent les disciples rassemblés pour la prière à la troisième heure (Ac 2,1-15).  Et Pierre «monta à la chambre haute pour prier vers la sixième heure» (10,9); «Pierre et Jean montaient au Temple pour la prière de la neuvième heure» (3,1); «au milieu de la nuit, Paul et Silas, en prière, louaient Dieu.» (16,25)         «Ces prières faites en commun allaient constituer progressivement un cycle d’heures bien défini.»   (Présentation générale de la Liturgie des Heures, # 1)

              Deux traditions se croisent au début du christianisme, au sujet de l’organisation des Heures de l’Office. Les premiers lieux qui nous signalent cette prière des Heures apparaissent chez les moines du désert et aussi dans les monastères.  Un peu après, et parfois en même temps, on trouve des rassemblements dans les cathédrales, puis dans les églises paroissiales. Une différence assez importante pourtant se manifeste. Les moines prient toutes les trois heures, tandis que les chrétiens, surtout les prêtres attachés aux églises, ne se retrouvent que le matin et le soir.  Ce qui peut se représenter de la manière suivante :

PRIÈRE DES HEURES des MOINES :
(Fin du IIIe siècle, début du IVe siècle)
PRIÈRE du PEUPLE CHRÉTIEN :
(IVe - VIe siècles)

Psalmodie et lectures
- prières nocturnes : matine
prime
3e heure (9h)
6e heure (midi)
9e heure (15h)

vêpres
prière au coucher

Prières du matin et du soir :

Matin

 

 Soir aux vigiles des fêtes et des dimanches

L’interaction et la fusion de ces deux traditions aboutit au IVe siècle à la structure de l’Office divin qui restera la même jusqu’en 1970, date du nouveau rituel.

a) Signification de chaque Heure

           Une des caractéristiques de la Liturgie des Heures et qui la distingue de toutes les autres formes de prière, c’est son enracinement cosmique, en ce monde.  La liturgie des Heures, comme son nom l’indique, se déroule au long du jour.  Son but est de louer et invoquer Celui qui a envoyé son Fils dans notre monde qui passe pour le sauver et le consacrer.  Ainsi la deuxième Préface de Noël : «Engendré avant le temps, Il entre dans le cours du temps, faisant renaître en Lui la création déchue, Il restaure toute chose.»

           Chacun des Offices trouve son point de départ dans le moment présent, il est rythmé sur le temps comme la vie humaine.  La consécration du temps se présente curieusement comme une relation constante à l’au-delà du temps : on part sans cesse du temps qui passe : jour du calendrier, heure de l’horloge, pour tendre à l’éternité. 

            Plusieurs textes de la Liturgie nous font vivre AUJOURD’HUI les mystères de la vie du Christ.  Ainsi le jour de l’Épiphanie : «Aujourd’hui, l’étoile a conduit les mages vers la crèche; aujourd’hui l’eau fut changée en vin aux noces de Cana; aujourd’hui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain.» (Antienne de l’Office du Soir)

 L’Office du Matin

         Comme l’indique l’appellation traditionnelle de “Laudes”, l’Office du Matin est caractérisé par la Louange.  Cette louange, pour le chrétien, est toujours motivée : louange pour la création, pour l’histoire sainte du Salut, pour les mystères du Seigneur.  L’heure du Matin est marquée tout d’abord par la joie du retour à la lumière. Après le sommeil, évocateur de la mort, une nouvelle vie s’annonce illuminée par le Soleil levant.
            À la foi chrétienne, l’aube rappelle l’heure de la résurrection.  Durant le cours de l’année, chaque dimanche le rappelle; plus spécialement, et chaque jour, l’Office du Matin chante dans l’allégresse le Christ pour toujours vivant.

             Dans une pensée plus moderne et contemporaine, une autre orientation de la Liturgie du Matin consiste à prévoir le jour qui arrive.  Lectures et prières prévoient la journée avec son cortège  de travail, de rencontres, d’épreuves et de joies. En invitant à y vivre la foi au Ressuscité. Tu nous as donné un monde à transformer, que notre vie te rende gloire. (Lundi II)

 L’Office du Soir

              «Les Laudes, comme prières du matin, et les vêpres, comme prière du soir, qui, d’après la vénérable tradition de l’Église universelle, constituent les deux pôles de l’Office quotidien, doivent être tenues pour les Heures principales et elles doivent être célébrées en conséquence.» (PGLH # 37) Ainsi, l’Office du Soir reprend la louange du Matin mais dans son orientation vers la nuit. «Le jour s’achève, mais la gloire du Christ illumine le soir.» (Hymne samedi II et IV).  L’Office du Soir chante le Mémorial de la nouvelle Alliance.  La richesse de cette Liturgie du Soir s’épanouit dans une fervente action de grâce : c’est une de ses caractéristiques les plus importantes.  Au sommet de cette Heure, faisant suite au Cantique du Nouveau Testament, et à la lecture ( qui est toujours du Nouveau Testament), vient le cantique évangélique de Marie, figure de l’Église de tous les temps, pour «les merveilles que le Seigneur a faites.»
            Une autre caractéristique de l’Office du Soir est l’espérance de la gloire, la fin au-delà des temps, l’attente de la manifestation du Seigneur en gloire entraînant toute l’humanité avec Lui.  Cette espérance est présente à tous les offices du Soir, à un endroit ou à un autre.  Aujourd’hui, à l’obscur de la foi, demain dans la lumière.
            L’Heure du Soir est encore toute vibrante de l’expérience du jour écoulé et de l’activité qui, peut-être, n’a pas encore pris fin.  Nous apprenons, comme Jésus nous l’a appris à tout assumer pour tout consacrer.  Des intentions précises et motivées nous font prendre en charge toute l’Église et le monde entier. «Laisse monter vers toi le bruit de notre terre.» (Oraison, mardi III) L’intercession, voix du Corps du Christ, embrasse toute l’humanité de sa tendresse et, dans la durée et l’insistance des jours, transforme les coeurs des priants en véritables intercesseurs pour que vienne un monde de paix.  La prière du Soir est recommandée à tous par l’Église : grâce à sa richesse théologique et spirituelle, elle nous fait entrer chaque jour plus avant dans le mystère du Salut qui doit être manifesté à toute personne.

 L’Office des Lectures

           C’est par excellence la célébration liturgique de la Parole de Dieu.  Il se distingue de la “lectio divina” qui est une méditation privée de l’Écriture.   La “Lectio” médite, la célébration écoute la Parole et la célèbre.  Le lien est très grand de l’un à l’autre et les deux formes nourrissent les croyants.  À l’Office des Lectures, si la Parole est écoutée, elle reçoit aussi une réponse collective, au nom de toute l’Église en prière et pas seulement d’un priant.

              «L’Office des Lectures a pour but de proposer au peuple de Dieu, et surtout à ceux qui sont consacrés au Seigneur d’une manière particulière, une riche méditation de la sainte Écriture ainsi que les plus belles pages des auteurs spirituels..  Le trésor de révélation et de tradition contenu dans l’Office des Lectures sera d’un grand profit spirituel.»  (PGLH, # 55)

              Les Lectures de cet Office sont assez longues, contrairement aux autres Offices consacrés plus spécialement à la louange.  On y parcourt la Bible entière (sauf les Évangiles) en un an ou deux selon le choix.  Cette lecture tient compte des différents temps liturgiques.  Au temps ordinaire, on y alterne l’Ancien et le Nouveau Testament, en suivant pour l’Ancien un ordre historique large.  Dans la répartition sur deux ans, le Nouveau Testament est lu en entier.

              Les Répons, empruntés soit au texte même, soit à des parallèles, jouent un rôle important pour l’assimilation de la Parole biblique et pour orienter vers sa lecture chrétienne.

            La Deuxième Lecture présente un texte des Pères de l’Église, auteurs jusqu’au Ve siècle.  On lit aussi des oeuvres significatives de la spiritualité du saint que l’on célèbre.  Aussi des textes du Concile et des Papes.  Ces lectures, homélies ou sermons, forment une base théologique et spirituelle de la plus grande qualité et donnent à lire chaque année les textes majeurs de la tradition dans laquelle s’est formulée la foi chrétienne.

              Cet Office n’a pas de rapport avec l’heure qu’il est : il peut être célébré au moment le plus favorable, aussi bien
la veille au soir que le matin avant Laudes, ou dans la journée.

            Pour ceux qui désireraient en amplifier la célébration la veille de certains jours, dimanches ou solennités, un Office de Vigile est proposé.  Cette Vigile est très encouragée par l’Église :« Les Pères et les auteurs spirituels ont très souvent exhorté les fidèles, et surtout ceux qui mènent la vie contemplative, à la prière nocturne qui traduit et stimule l’attente du Seigneur qui reviendra : «Au milieu de la nuit, un cri se fit entendre: Voici l’Époux qui vient, sortez à sa rencontre.» (Mt 25,6) (PGLH #72)
            On ajoute trois cantiques de l’Ancien Testament et un Évangile suivi de l’hymne traditionnelle : Te Deum, À toi, Dieu, notre louange, et l’oraison.

 Les Offices du Milieu du Jour : Tierce, Sexte et None

           «L’usage liturgique, en Occident comme en Orient, a retenu tierce, sexte et none, surtout à cause du lien qui rattache à ces Heures la mémoire de la Passion du Seigneur et celle de la première propagation de l’Évangile.» (PGLH #75) Et plus loin, le document ajoute : «L’usage liturgique de  dire ces trois heures doit être conservé par ceux qui mènent la vie contemplative.» (#76)

              Ces Heures sont brèves.  Les hymnes et les oraisons sont en fonction de l’heure qu’il est : matinée, midi ou après-midi.  Ainsi elles se rapportent à l’Esprit Saint, pour Tierce, à la Passion et au combat pascal pour Sexte, et à la mort de Jésus et la nôtre, pour None.

 Complies

           Cette fois, la journée est bien finie et l’on va prendre son repos, non sans avoir de nouveau prié pour le passé, et pour la nuit qui se prépare, évocation de la mort.  Le rite est bref : une petite hymne de la nuit venue, un psaume de confiance, une lecture brève avec son répons reprenant la dernière parole de Jésus sur la croix, le cantique de Syméon, une oraison, la bénédiction et une antienne mariale.
            La confiance baigne cette liturgie dans l’assurance de la communion avec toute l’Église : Jésus, avant nous, est mort, et nous fait vivre de sa résurrection.

 PSAUMES et PSALMODIE

              C’est une tradition générale dans l’ensemble des Églises chrétiennes que la Liturgie des Heures est principalement une prière avec les Psaumes.   «Le Christ lui-même est présent quand l’Église prie et chante avec les Psaumes» (SC 7 et PGLH # 13)

              Les Psaumes sont comme un résumé de toute la Bible.  La familiarité des Juifs avec les Psaumes est manifeste puisque Jésus et ceux qui l’écoutent les citent fréquemment et qu’ils seront utilisés de façon constante dans la prédication apostolique.  L’usage chrétien des psaumes dépasse de beaucoup l’usage juif, du moins tel que nous le laisse connaître l’état actuel des informations historiques.  D’une part, les premiers chrétiens christianisent les psaumes dès le Nouveau Testament et dans les premiers écrits des Pères des premiers siècles de l’Église.  D’autre part, par la prédilection avec laquelle, par la suite, les contemplatifs ont cherché dans les psaumes l’initiation à la prière de louange, la méditation des perfections de Dieu, et l’expression de la misère humaine.

              Les premiers chrétiens y ont vu la prière même du Christ et aussi l’expression de la prière adressée au Christ.  Ils n’avaient pour cela qu’à suivre l’orientation que leur avait laissée le Seigneur Jésus lui-même, puisque, au soir de Pâques, selon le récit de saint Luc (24,44), il avait expliqué à ses Apôtres «qu’il fallait que s’accomplisse tout ce qui avait été écrit de lui dans la Loi de Moïse, des prophètes et des psaumes.» Déjà cette précision de Jésus assigne aux psaumes une place particulière parmi les livres bibliques.  Et la clef de leur interprétation c’est le mystère pascal: «...c’est bien ce qui était annoncé par l’Écriture: les souffrances du Messie, sa résurrection d’entre les morts le troisième jour et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations.» (Vv. 46-47)

            Effectivement, ce sont des versets de psaumes que les évangélistes mettent sur les lèvres de Jésus dans sa dernière prière : les psaumes 21 et 30 dans lesquels ils voient figurer certains détails de la Passion.  C’est aussi à partir des psaumes que souvent les Apôtres ont annoncé Jésus Christ à Jérusalem ou dans les synagogues.[1]

            Pour les Pères de l’Église, le psautier tout entier est un livre prophétique, accompli dans le Christ.  En particulier, c’est une des gloires de saint Augustin de nous avoir livré avec ses Commentaires des Psaumes, la méthode la plus complète d’interprétation christologique des psaumes et, du même coup, de nous avoir fait prendre conscience que la prière de l’Église ne fait qu’un avec celle du Christ, prière du Corps et de la Tête.

            C’est en grande partie la prière monastique qui a montré, par son expérience méditative, que le psautier était par excellence l’initiation à l’intimité avec Dieu, à la fois voix de l’Église et voix de l’âme fidèle, voix du Christ et voix du disciple.  Ainsi saint Athanase (+373) écrit à Marcellinus : «De même que le Christ a présenté en sa personne l’image de l’homme terrestre, pareillement quiconque le désire doit pouvoir apprendre à reconnaître dans les psaumes, les mouvements et les dispositions de l’âme, voire à y découvrir le moyen de guérir et de corriger chacun de ses mouvements.»  Le psautier était ainsi, pour Athanase, comme un “miroir” ou celui qui chante un psaume peut se regarder lui-même et observer les mouvements de son âme; il le perçoit comme si c’était à lui que le psaume s’applique.  Le cistercien très connu,  Thomas Merton, dans son livre autobiographique : Le signe de Jonas, dit de même : «C’est le secret des psaumes : ils renferment notre identité.  Nous nous trouvons, et nous trouvons Dieu en eux. Non seulement Dieu se révèle à nous dans ces fragments, mais il nous révèle à nous-mêmes en lui.»
         En effet, les psaumes demeurent pour tous les temps l’expression de la prière des pauvres gens - les anawim - et des pécheurs. «Bien que ces poèmes soient nés en Orient il y a de nombreux siècles, ils expriment bien les douleurs et l’espérance, la misère et la confiance des hommes de toute époque et de toute région.» (PGLH # 107)  Ils ne cachent rien de la dureté de la condition humaine, avec ses mauvais instincts, ses injustices, les guerres et les oppressions.

              Par-dessus tout le psautier est une école de contemplation de Dieu et de ses perfections.  Il apprend à admirer l’oeuvre de Dieu dans les splendeurs de sa création; il est le langage de l’intimité avec lui. «Pour que Dieu soit bien loué par l’homme, Dieu lui-même s’est loué; et puisqu’il a daigné se louer, l’homme a pu trouver la façon de le louer.» (Saint Augustin, ps 144)

              La Présentation générale de la Liturgie des Heures nous donne l’attitude juste et vrai lorsque nous chantons les psaumes dans la Liturgie quotidienne de l’Église : «Celui qui psalmodie dans la Liturgie des Heures, ne psalmodie pas tellement en son propre nom qu’au nom de tout le Corps du Christ, et même en tenant la place du Christ lui-même.  Si l’on se rappelle cela, les difficultés disparaissent, au cas où l’on s’aperçoit que les sentiments intimes, tandis que l’on psalmodie, sont en désaccord avec les sentiments exprimés par le psaume; par exemple, si étant accablé de tristesse, on rencontre un psaume de jubilation, ou bien, dans le succès, un psaume de lamentation.  Dans l’Office divin, on ne psalmodie pas à titre privé : c’est au nom de l’Église que le cycle officiel des psaumes est pratiqué même par celui qui dit une Heure en étant seul.  Celui qui psalmodie au nom de l’Église peut toujours trouver un motif de joie ou de tristesse car, en ce sens aussi, se vérifie la parole de l’Apôtre :«joyeux avec ceux qui sont joyeux, pleurant avec ceux qui pleurent» (Rm 12,1), et ainsi la fragilité humaine, blessée par l’amour de soi, est guérie à ce niveau de charité où l’âme s’accorde avec la voix chez celui qui psalmodie.» (PGLH #108)

 1) POÉTIQUE des PSAUMES[2]

 D'heureuses paroles jaillissent de mon coeur
quand je dis mes poèmes pour le roi
d'une langue aussi vive que la plume du scribe !
Ps 44,1

 «Les psaumes ne sont pas des textes à lire, ni des prières en prose, mais des poèmes de louange.  Bien qu’ils aient pu quelquefois avoir été utilisés sous forme de lecture, cependant, c’est à juste titre, en raison de leur genre littéraire, qu’ils sont appelés en hébreu Tehillim, c’est à dire “cantique de louange”, et en grec psalmoi, c’est à dire “cantique à chanter au son du psaltérion”.  En effet, tous les psaumes possèdent un caractère musical qui détermine la manière dont il convient de les chanter.  C’est pourquoi, même si le psaume est dit sans être chanté, et même dans la solitude et le silence, cette récitation doit être commandée par son caractère musical : sans doute il présente un texte à notre esprit, mais il tend davantage à toucher les coeurs de ceux qui psalmodient et de ceux qui écoutent, voire de ceux qui jouent sur le psaltérion et la cithare.» (PGLH # 103)

 1) Langage discontinu :      

            Les psaumes se présentent sous forme de poèmes.  Une question.  Pourquoi le livre par excellence de la louange inspirée, modèle de prière pour tous les croyants, toutes les cultures et tous les temps, se présente-t-il sous forme poétique?  
Même dans les prières eucharistiques, sommet de la louange et de l’action de grâce, les liturgies chrétiennes s’en tiennent à une prose noble et grande dans son expression.
Comparons une oraison du dimanche avec un passage de psaume :
«Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce : en nous hâtant vers les biens que tu promets, nous parviendrons au bonheur du ciel.»

«Toi qui es bon et qui pardonnes,
plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.»  
Ps 85, 5-6

            De ces prières, la première est une oraison, comme un discours à Dieu.   La forme est le langage ordinaire qu’on appelle “prose”.  Manière directe de parler avec un langage continu.
            La seconde est un poème.  La forme est discontinu, elle procède par vagues, celles des sentiments.
            Avant tout autre caractéristique, la poésie des psaumes comme toute poésie, se manifeste par la forme discontinue et rythmée du discours.
            Pourquoi le poète, et surtout le priant y recourent-ils?  La personne qui pousse un cri d’appel ne fait pas de phrases.  Elle condense son message en peu de syllabes.  De la même manière le sage qui lance un proverbe le coule en formules frappantes et balancées, concises et piquantes, mémorables et mémorisables.  Le proverbe est à la base de la poétique des psaumes.
            Telle est la porte d’entrée en psalmodie : dire et prier les psaumes comme des poèmes, c’est à dire, parler et écouter dans un même acte grâce aux espaces vides et aux distances maintenues entre les groupes de mots.  Dans les moments de silence dans les versets, pourra venir l’air d’un autre Souffle, celui de l’Esprit Saint.  Alors le Verbe de Dieu parlera dans le silence et dans le son de la voix qui prie.

 2 ) Le souffle et rythme

 Apprends_moi à faire ta volonté,
car tu es mon Dieu.
Ton souffle est bienfaisant :
qu'il me guide en un pays de plaines.
Ps 142, 10

            Le psaume enseigne à régler la respiration, l’inspir et l’expir.  Le génie du psaume est de faire correspondre l’unité poétique de base, le verset, avec la durée d’une respiration tranquille.
            «On chante les psaumes à choeurs alternés.  Une moitié du choeur chante à l’autre un verset et l’autre lui répond avec le suivant.  On continue de la sorte à s’adresser réciproquement le texte.  Les Pères de l’Église se sentaient inclinés par cette pratique à se rappeler les choeurs angéliques qui chantent alternativement dans Isaïe : Saint, saint, saint le Seigneur... (6,2).  Ils s’encouragent réciproquement à la louange, se soutenant mutuellement pour garder le ton. Le chant à deux choeurs entretient en nous la prière contemplative. Il suscite en nous la tension de la prière qui, grâce à l’alternance, peut-être conservée longuement. Tandis que l’autre partie du choeur chante, nous écoutons. Nous pouvons nous recueillir dans notre coeur, au fond de notre âme. 
         Tranquillité, le repos profond, c’est sans doute le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des Pères quand ils veulent dire ce dont la psalmodie a le plus besoin, mais aussi ce que, bien exécutée, elle excelle à produire.
            La psalmodie rythme l’âme humaine, elle l’ordonne et produit en elle une structure claire et saine.
            L’art de psalmodier de telle manière que le silence ne se trouve pas interrompu, exige aussi une attention à la pause.  Cette pause est précisément le coeur de la psalmodie.  Elle laisse à la Parole de Dieu un espace pour résonner.   Le chanteur écoute pour savoir si la parole trouve aussi un écho dans son coeur à lui.  La pause, cette zone réservée au silence en chaque verset, veut conduire à ne pas abandonner, même quand on chante, le fond de silence, et à conserver l’attitude d’attention recueillie et d’écoute silencieuse.  La pause est encore l’espace de la respiration.  «Celui qui psalmodie est rempli de l’Esprit Saint», dit saint Jean Chrysostome. » (Extrait de Psalmodie contemplative, Père Anselm Grün, dans Liturgie # 105, 1998)

 3) Le  parallélisme

              L’unité de base ordinaire de la poétique des psaumes est le verset, composé de deux ou trois membres ayant une certaine symétrie de forme ou de sens.   Ainsi le verset 6 du psaume 50 :
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.

Chaque membre ou stique[3] formule l’aveu du péché à Dieu; chaque stique est rythmé sur trois pulsations.
Il nous faut ici nous défaire de la notion moderne du “vers” couramment utilisée en poésie.  Le vers s’écrit sur une seule ligne, mais c’est une unité, il est librement relié ou non à ce qui précède et à ce qui suit, selon qu’il fait partie d’une phrase ou forme une proposition indépendante.  Dans les psaumes, au contraire, le verset est normalement composé de deux membres au moins.  En général  il a un sens complet et se suffit à lui-même. C’est ce qu’on appelle le parallélisme des psaumes.
- tantôt c’est un parallélisme synonymique :
            Ps 50, 12 :Crée en moi un coeur pur, ô mon Dieu,
                            renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
-
tantôt le second est l’inverse du premier : parallélisme antithétique
            Ps 33, 11 :Des riches ont tout perdu, ils ont faim ;
                            qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien.

- tantôt le premier membre exige le second pour que le verset ait un sens complet : parallélisme synthétique : Ps 32,22 :Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !

Il existe beaucoup d’autres variantes, mais ces trois exemple sont les plus courants.

Quel est l’intérêt du parallélisme ?
La répétition permet de s’identifier plus profondément à ce que l’on exprime. Son caractère est profondément humain : ainsi la vie est rythme : activité-repos, croissance-décroissance, et l’être humain a une droite et une gauche, un avant et un arrière... La poésie des psaumes prend notre corps tout entier dans une danse implicite, rythmant notre souffle.

 4) Pulsation

         Pour toute personne, la mesure la plus immédiate de son rythme est offerte par les battements de son coeur. En repos, on en compte entre 60 et 72 battements à la minute.  De là vient l’image de la pulsation.  Une autre mesure est offerte par la personne qui marche ou qui danse.  On parle alors, dans la poésie de “pied” ou de “pas”. Cette image prévaut dans la poétique qui mesure les syllabes ou les comptent.
            Dans la poésie hébraïque, on ne compte par les syllabes, mais on repère des suite de mots-mesures dont la succession s’apparente à la pulsation. La langue française ressemble à ce point de vue à la langue hébraïque.  Un exemple, le psaume 33 : Je bénirai le Seigneur en tout temps. La succession des mots-mesures évoque trois pulsations. Une pulsation supplémentaire s’ajoute : la pause.  Ainsi le verset entier avec sa pause comporte ici 8 pulsations :
Je bénirai / le Seigneur/ en tout temps / - /
sa louange/sans cesse/ à ma bouche / - /

            La pulsation psalmique a plusieurs effets, entre autre, elle installe dans la psalmodie comme une stabilité dans le flux et le reflux des versets.  C’est une source d’apaisement et d’unification.  Le rythme de la pulsation est comme tourné vers l’intérieur, vers le coeur, vers la méditation.

 5) Le verset

            Le verset est l’unité poétique de base des poèmes de la Bible, spécialement des psaumes. Le verset biblique est toujours une unité composée de plusieurs membres appelés “stiques”.  Un verset comprend généralement deux membres (Ps 18,2) distique, parfois de trois membres (Ps 99) tristique. L’autre élément du verset est la pause entre les stiques.  Dans la tradition, cette pause a reçu différentes appellations :
a) la médiante (*) désigne la pause du milieu du verset, entre les deux membres d’un distique. Son signe habituel est l’astérique * placé à la fin du stique.
b) la finale désigne la fin du verset; il n’y a pas de signe spécial puisqu’on va toujours à la ligne pour commencer le verset suivant.
c) dans le cas d’un tristique, le premier membre est suivi d’une flexe, habituellement marqué par une +.
d) hémistiche : dans les grands stiches composés de deux membres inégaux, les deux hémistiches sont écrits sur deux lignes différentes, alors que, normalement un stique = une ligne. 

6) La strophe

              La strophe est un ensemble qui peut regrouper plusieurs versets.  La plupart des traditions juives ou chrétiennes ne connaissent que le verset.  On s’intéresse pourtant à la strophe pour quelques raisons, entre autres : certains psaumes comportent manifestement des strophes, ainsi le psaume 66 et le psaume 33.  Beaucoup de psalmodies contemporaines utilisent un ton de strophe plutôt que de verset.

 7) Le  rythme

            La psalmodie comporte plusieurs rythmes.

 a) rythme des pauses : finales, médiantes, flexes
            Les pauses ne sont pas à entendre comme des coupures ou des arrêts.   Le mouvement du psaume ne s’arrête pas.   Mais dans l’écoulement de la durée de la psalmodie, les silences ont autant d’importance que la parole.  C’est durant les pauses que l’écho des mots entendus peut pénétrer en nous et y éveiller une réponse, un désir, une lumière.
Quelle est la bonne durée de ces pauses? La bonne durée de la pause se trouve dans la pulsation silencieuse entre les stiques.

 b) rythme des pulsations :
            - le rythme égal 3 // 3 pulsations : Ps 32.  Surtout dans le genre hymnique.
            - le rythme brisé 3+2 // 3+2 : Ps 5 .  Ce rythme suppliant se trouve dans le genre lamentation.
            - le rythme épique ou grand rythme 4 // 4: Ps 45 . Se trouve dans les poèmes solennels ou guerriers. Ps 67, ps 44. Dans le psautier oecuménique, qui est le psautier utilisé par la Liturgie des Heures de l’Église, les traducteurs ont essayé le plus possible de rejoindre le rythme de chaque poème en hébreu.

              L’organisation rythmique de chaque psaume, en versets et stiques, grâce aux finales et aux médiantes, s’harmonise avec les pulsations du texte.  La pulsation continue ainsi durant les pauses et unifie la psalmodie.   Respecter la pulsation silencieuse est la meilleure manière de trouver la bonne durée des pauses aux médiantes et aux finales.
            En se livrant à cette pulsation qui est la vie du psaume, on s’oriente vers la récitation égale et tranquille d’une bonne psalmodie.  Certains choeurs y arrivent d’instinct, sans contrainte.   Il en naît des moments de grâce.

8) Tons psalmodiques

            Le chant des psaumes se fait sur un certain rythme.  Il se fait aussi sur un certain ton, le ton psalmodique, c’est à dire, la formule mélodique modèle que l’on utilise pour chanter un psaume, un cantique.  Pourquoi un ton ? N’est-il pas étrange qu’un même ton puisse servir à exprimer, dans un psaume, des versets de sens si divers : louange, supplication, histoire, sentence ? 
         Le “ton” en psalmodie n’est pas expressif mais impressif.   La psalmodie est tournée vers l’intérieur, elle vient de Dieu, et pour nous, elle est davantage passivité qu’activité, comme la contemplation. C’est cela que permet la répétition traditionnelle d’un ton simple, modèle mélodique.  Une mélodie expressive du sens des versets et des mots mettrait au premier plan l’activité lyrique de celui, celle qui chante.  La psalmodie, au contraire, permet de nous identifier d’aussi près possible à la parole du psaume.  Nous devenons nous-mêmes psaumes pour Dieu.  Un ton, neutre en soi, peut nous aider à approfondir et creuser le sens de chaque verset.
           
            Les éléments mélodiques de la psalmodie se ramènent à deux : la teneur et les variantes (ou différences).
La teneur :ou corde récitative, consiste en une note choisie sur laquelle se récite l’ensemble d’un verset, ou au moins d’un stique.  Dans la psalmodie ordinaire, la teneur est unique.  Mais on peut avoir une teneur principale sur le début d’un verset et des teneurs secondaires, spécialement sur le dernier membre.
Les variantes sont au nombre de trois :
- la finale affecte la fin du verset.
- la médiante * affecte la fin du premier stique ou du second si on a un tristique.
- la flexe + affecte la fin du premier stique si on a un tristique.Ex : Ps 99

La notation musicale des tons psalmodiques :
Figures de notes : cinq figures suffisent pour l’ensemble de la psalmodie :
            La ronde avec des barres latérales (caudée) correspond à la teneur,
            La ronde non caudée correspond à l’avant-dernière pulsation (syllabe soulignée dans LH)
            La noire non caudée correspond à des syllabes de passage ou de préparation avant la finale.
            La noire caudée correspond à la note finale.

Divers systèmes de variantes : (feuille d’illustration)

            Les variantes en usage dans la psalmodie en français peuvent se ramener à trois types selon la syllabe sur laquelle se produit la rupture de la teneur.
1) le dernier posé (ou pulsation) du stique
            Louez, serviteurs du Seigneur / louez le nom du Seigneur.
2) l’avant-dernière syllabe du stique, et par extension, les avant-dernières syllabes d’un stique.
De telles variantes ont l’avantage de la légèreté.  Elles ne freinent pas le débit, pourvu qu’elles soient de vraies notes de passage, sans allongement indu.
            Ex.  Louez, serviteurs du Seigneur / louez le nom du Seigneur
         et : Louez, serviteurs du Seigneur / louez le nom du Seigneur.
3) L’avant dernière pulsation et la dernière pulsation :
            Ex : Louez, serviteurs du Seigneur / louez le nom du Seigneur.
Ce type de psalmodie est l’un des plus utilisés.  Elle s’adapte aisément à la diction naturelle du français.  Les éditions de Liturgie des Heures et de Prière du Temps présent ont le soulignement de l’avant-dernière pulsation, ce qui facilite l’usage des tons de ce type de psalmodie.

 9)  Formes de psalmodie

            Dans la Présentation générale de la Liturgie des Heures, l’Église encourage beaucoup la variété des formes de psalmodie pour assurer davantage la mise en oeuvre du chant de tel psaume selon son genre littéraire : «Selon que le requiert le genre littéraire ou sa longueur, selon qu’il est dit ou chanté par un seul ou plusieurs... on peut proposer une façon ou une autre de dire ou chanter les psaumes pour que ceux qui psalmodient perçoivent plus facilement le parfum spirituel et littéraire des psaumes.  Ceux-ci ne sont pas employés comme une quantité quelconque de prière, mais on a tenu compte de la variété et du caractère propre de chaque psaume.» (# 121)

 1) forme alternée : par verset ou strophe, entre les deux choeurs,
            ou entre un petit choeur et l’ensemble de la communauté.
C’était la forme pratiquée dans la psalmodie latine, celle à laquelle nous sommes habitués et qui nous est plus aisée.
- elle rend possible une bonne participation ou chacun a sa part, même si l’on n’est pas très doué en chant, nous sommes soutenus par nos voisins.
- la participation de tous exprime bien la communion, en même temps que l’alternance est facteur de réciprocité.  Un choeur répond à l’autre.
- la forme est assez dynamique, forme activante mais aussi pacifiante, puisque chaque choeur alterne le chant et l’écoute.

 2) forme chorale ou collective : toute la communauté chante toutes les strophes.
- cette forme donne à la psalmodie une impression indéniable d’unanimité et de force.
- mais il faut que le psaume soit relativement court et que cette forme ne revienne pas trop souvent, sinon elle dévalorise la psalmodie.
- cette forme convient mieux aux psaumes-hymnes ou de louange

 3) forme à refrain : les strophes sont dites ou chantées par un ou des solistes, la communauté reprenant de temps en temps un refrain.
- la structure de certains psaumes suggère cette forme : Ps 66, 45, 106...
- cette forme favorise l’intériorisation du psaume par le fait qu’il est écouté. Par le fait également de la répétition du refrain qui s’ancre davantage dans l’esprit et le coeur.
- quand il y a beaucoup de fidèles, cette formule permet aisément leur participation.

 4) Forme responsoriale ou “à réclame” : Le refrain s’accroche à chaque verset dans une même phrase mélodique. Ex : Ps 135; cantique des créatures AT 40 et 41.  Le verset est chanté par un soliste et tous y répondent.
- cette forme demande une exécution bien rythmée.
- cette forme responsoriale est merveilleuse si elle est légère, alerte, dynamique, vivante.  Elle suppose des communautés ou assemblées éveillées et réactives.
- elle figure le dialogue de Dieu et de son peuple.  Elle actualise l’Alliance.

 5) forme directe ou continue : psaume dit ou chanté par un seul, tous écoutent.
- de la part de ceux qui écoutent, l’intériorisation contemplative du psaume est plus aisée.
- cette forme remplit la première fonction du psaume qui est l’annonce de la Parole de Dieu.  Chacun l’écoute comme l’Esprit lui donne de la recevoir.
- dans une prière de petites communautés, cette forme de prière est davantage appréciée.

 10) Genres littéraires

         Chaque psaume a son histoire biblique, historique et spirituelle.  Il est important dans un milieu monastique et contemplatif de bien fréquenter, étudier, méditer et prier chacun en  particulier, durant la lectio divina ou le temps d’étude personnelle ou en communauté. 

              Si les psaumes nous semblent difficiles, obscurs mêmes, c’est trop souvent parce qu’ils sortent d’un milieu et d’une civilisation qui diffèrent de notre siècle et de la culture occidentale.  Il est donc indispensable de replacer chaque type de psaume dans le cadre qui l’a vu naître et de préciser ainsi son usage liturgique.  Une fois remis dans leur contexte historique, les psaumes deviennent faciles à comprendre.

            D’une façon générale, la poésie d’Israël n’est jamais purement personnelle.  Elle naît de la vie d’un peuple.  Elle est, dans un sens très vrai, un produit de la nation juive.  Et la principale source de ce peuple était le culte.  Nous nous souvenons du livre des Nombres, de celui de l’Exode, du livre de Judith...  C’est dans les célébrations liturgiques qu’Israël a pris conscience, plus que partout ailleurs, de sa qualité de peuple de Dieu.  Il ne fait pas de doute que la Liturgie est la situation concrète qui explique mieux que tout autre l’origine des psaumes.

             L’histoire du salut est annoncée dans la communauté.  On peut conclure que de nombreux psaumes ont eu pour origine le culte et les fêtes liturgiques d’Israël.  D’autres psaumes cependant sont nés d’un besoin personnel ou d’un danger couru par le psalmiste.  Mais même ces psaumes furent ensuite utilisés dans la Liturgie du peuple.

Classification actuelle[4] : (La numérotation des Psaumes est ici celle de la Bible)

 1) Psaumes de supplication : individuels.
Ces psaumes constituent la catégorie la plus nombreuse.  À l’origine, ils semblent bien n’avoir été  que des prières individuelles et non celles de la communauté.   Parmi ces psaumes :
a) les psaumes de supplication :5, 6 ,7, 13, 17, 22, 25, 26. 27, 28, 31, 35, 38, 39, 41, 42, 43, 51, 54, 55, 56, 57, 59, 61, 64, 69,70, 71, 86, 88, 102, 109, 120, 130, 140, 141, 142, 143.
                    maladie, danger de mort imminente, fausse accusation...
b) les psaumes exprimant la confiance : 3, 11, 16, 23, 62, 131.

Psaumes de supplication
: communautaires : 44, 58, 60, 74, 77, 79, 80, 82, 83, 85, 90, 108, 125, 137.
Ces psaumes furent chantés par la communauté à l’occasion de calamités nationales ou qu’elle était menacée d’un grave péril.  L’accent est mis sur l’Alliance et les interventions de Dieu dans le passé.

2) Psaumes d’action de grâces
a) individuels : ils étaient destinés à être chantés au cours de l’offrande d’un sacrifice personnel et ils expriment la reconnaissance de l’offrant pour la délivrance d’un danger ou la guérison d’une maladie.  Le milieu naturel de ces psaumes est la Liturgie.
Psaumes : 4, 9, 18, 30, 32, 34, 40, 63, 92, 107, 116, 118, 138.
b) ici la gratitude est nationale.
Psaumes : 65, 66, 67, 124, 129.

 3) Les hymnes de louange

            Ces psaumes sont entièrement consacrés à célébrer la bonté du Seigneur.  Les fêtes d’Israël, tel est le cadre dont généralement nous devons placé l’origine des psaumes de louange.  La participation active du peuple prenait la forme d’applaudissements, de cris et d’acclamations joyeuses.  Ainsi l’Alléluia.
            Ce qui caractérise essentiellement le psaume de louange c’est son désintéressement.  On n’y trouve ni demandes personnelles, ni retour sur soi.  L’hymne est entièrement théocentrique.
Psaumes : 8, 19, 29, 33, 68, 100, 103, 104, 111, 113, 114, 115, 117, 135, 136, 145-150.

 4) Les psaumes royaux

            Ces psaumes célèbrent un événement survenu à la cour du Roi, ou une victoire remportée par le Roi, ou encore, une prière pour le Roi.  Le Roi, pour le peuple d’Israël, est l’instrument appelé à réaliser le plan de Dieu., représentant de Dieu chargé de conduire son peuple, et le porte-parole du peuple auprès de Dieu.  La plupart des psaumes royaux sont messianiques et ils ont été reconnus comme tels dans le Nouveau Testament.
Psaumes : 2, 20, 21, 45, 72, 89, 101, 110, 132, 144.

5) Les psaumes de Sion

            Ces psaumes glorifient la ville sainte, celle où habite Dieu, en son Temple.  Le pèlerinage est leur cadre naturel.  La Loi prescrivait trois pèlerinages annuels : Pâque, Pentecôte et Tabernacles.  Tout adulte israélite masculin était obligé d’y prendre part.  Les pèlerinages à Sion (Jérusalem) étaient fréquents et ils s’accompagnaient de cérémonies spéciales.
Psaumes : 24, 46, 48, 76, 84, 87, 122.

6) Psaumes du Règne de Yahvé

            Hymnes de louange chantant le Roi unique d’Israël et du monde.   L’idée que Dieu est le vrai Roi d’Israël apparaît très tôt dans l’Histoire d’Israël.  Dieu trônait au milieu de son peuple sur l’Arche d’Alliance.  Ces psaumes du Règne sont nés dans le contexte des fêtes liturgiques.
Psaumes : 47, 75, 93, 96-99.

7) Psaumes sapientiaux

Psaumes influencés par le courant de sagesse.  Plusieurs concernent le problème de la rétribution.  La plupart représentent l’enseignement traditionnel.  Mais il y a progrès dans cette perception :
a) L’enseignement traditionnel : Ps 1, 15, 52, 112, 119, 127, 128
b) Anomalie que présente la souffrance des justes : Ps 9, 12, 14, 53, 94
c) Le vrai bien du juste est la possession de Dieu : Ps 36, 91, 139
d) Enfin, le psalmiste découvre la vraie solution : Ps 37, 49, 73.

8) Psaumes de la liturgie deutéronomique

Petit groupe de psaumes qui représentent la Loi du Deutéronome.  Les thèmes principaux sont :
- l’observance des ordonnances du Deutéronome
- l’invitation à rester fidèle au vrai culte de Yahvé,
- le rappel des événements de l’Exode.
Ps 81, 95, 78, 105, 106.

 


[1] Ps 2 dans Ac 4, 25-26; Ps 15 dans Ac 2, 25-28 et 13,35; Ps 68 dans Ac 1,20; Ps 108 dans Ac 1,20; Ps 109 dans Ac 2,34-35; Ps 117 dans Ac 4,11.  La lettre aux Hébreux utilise aussi plusieurs psaumes.

[2]  Cette partie sur la Psalmodie s’inspire du Traité de Psalmodie, J. Gélineau

[3] Du grec stychos : couche, strate, tranche = ce qui se dit d’un seul jet et est généralement écrit sur une seule ligne.

[4]  Cette classification suit le volume : Nouvelle Introduction à la Bible, Wilfrid Harrington, Édition du Seuil, 1970.

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