3e THÈME :
LITURGIE
DES HEURES
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LA
SANCTIFICATION DES HEURES
Signification de chaque Heure
LOffice du Matin
LOffice du Soir
LOffice des Lectures
Les Offices du Milieu du Jour : Tierce, Sexte et None
Complies
1-POÉTIQUE des PSAUMES
2) Le souffle et rythme
3) Le parallélisme
4) Pulsation
5) Le verset
6) La strophe
7) Le rythme
8) Tons psalmodiques
9) Formes de psalmodie
10) Genres littéraires
| L'office divin, d'après l'antique tradition chrétienne, est constitué de telle façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de Dieu. Lorsque cet admirable cantique de louange est accompli..., alors c'est vraiment la voix de l'Épouse elle-même qui s'adresse à son Époux; et même aussi, c'est la prière du Christ avec son Corps au Père. Constitution sur la Liturgie |
En effet, il continue à exercer cette fonction sacerdotale par son Église
elle-même qui, non seulement par la célébration de l'eucharistie, mais aussi par
d'autres moyens et surtout par l'accomplissement de l'office divin, loue sans cesse le
Seigneur et intercède pour le salut du monde entier.
L'office divin, d'après l'antique tradition chrétienne, est constitué de telle
façon que tout le déroulement du jour et de la nuit soit consacré par la louange de
Dieu. Lorsque cet admirable cantique de louange est accompli selon la règle par les
prêtres ou par d'autres, députés à cela par institution de l'Église, ou par les
fidèles priant avec le prêtre selon la forme approuvée, alors c'est vraiment la voix de
l'Épouse elle_même qui s'adresse à son Époux; et même aussi, c'est la prière du
Christ avec son Corps au Père.
Par conséquent, tous ceux qui assurent cette charge accomplissent l'office de l'Église et, en même temps, participent de l'honneur suprême de l'Épouse du Christ, parce qu'en acquittant les louanges divines, ils se tiennent devant le trône de Dieu au nom de la Mère Église. SC 83-85
La prière des Heures vient au long du jour exprimer la volonté de lÉglise de
«prier sans cesse» vers Celui dont elle reçoit la vie pour, avec Lui, rendre grâce et
intercéder. La prière des Heures constitue
lÉglise en prière dans un dialogue fervent avec le Christ son Époux. Prière de lÉglise, la prière des Heures
est aussi la prière du Christ adressée au Père : le Christ prie pour nous et en nous;
et nous, nous prions par, avec, et en Lui. Chaque
baptisé participe de cette louange incessante du Christ et de lÉglise. Quand on prie les Heures, le temps, toutes les
réalités et les activités humaines se trouvent sanctifiés.
La prière des Heures
sappelle aussi Liturgie des Heures. Cette
dénomination vient rappeler que cette prière est une action du Christ et de
lÉglise. Elle souligne la dimension
communautaire qui caractérise toute action liturgique.
Il sagit dun attachement effectif de la part de lÉglise, il
sagit de célébrer lHeure qui correspond au moment du temps. Chaque jour présente cinq offices: laudes ou
Office du Matin, les trois Heures du Milieu du jour : tierce, sexte, none, les Vêpres ou
Office du Soir et les Complies. LOffice
des Lectures nest pas lié à un moment précis mais peut se célébrer à
nimporte lequel du moment du jour ou de la nuit.
Ce parcours symbolique du jour inspire le choix des psaumes, des répons, des
hymnes, pour faire mémoire du Salut au long du jour.
Le temps humain souvre au temps de Dieu.
Saint Cyprien, décrivait le saint parcours de la prière publique de lÉglise en ces expressions: «Il faut prier le matin pour célébrer la Résurrection du Seigneur. De même quand le soleil se couche et que le jour sachève, il faut encore prier. Le Christ est le vrai soleil, il est le jour véritable. Au moment où disparaissent le soleil et le jour de ce siècle, nous prions, nous demandons que la lumière vienne sur nous; nous intercédons alors pour que se produise lavènement du Christ et la révélation gracieuse de la lumière éternelle... Le vrai soleil et le véritable jour cest le Christ.» (La Prière du Seigneur).
LA SANCTIFICATION DES HEURES
| PRIÈRE DES HEURES des MOINES : (Fin du IIIe siècle, début du IVe siècle) |
PRIÈRE du PEUPLE CHRÉTIEN : (IVe - VIe siècles) |
Psalmodie et lectures - prières nocturnes : matine prime 3e heure (9h) 6e heure (midi) 9e heure (15h) vêpres prière au coucher |
Prières du matin et du soir : |
Linteraction et la fusion de ces deux traditions aboutit au IVe siècle à la structure de lOffice divin qui restera la même jusquen 1970, date du nouveau rituel.
a) Signification
de chaque Heure
Plusieurs textes de la Liturgie nous font vivre AUJOURDHUI les mystères de la vie du Christ. Ainsi le jour de lÉpiphanie : «Aujourdhui, létoile a conduit les mages vers la crèche; aujourdhui leau fut changée en vin aux noces de Cana; aujourdhui le Christ a été baptisé par Jean dans le Jourdain.» (Antienne de lOffice du Soir)
Comme lindique lappellation traditionnelle de
Laudes, lOffice du Matin est caractérisé par la Louange. Cette louange, pour le chrétien, est toujours
motivée : louange pour la création, pour lhistoire sainte du Salut, pour les
mystères du Seigneur. Lheure du Matin
est marquée tout dabord par la joie du retour à la lumière. Après le sommeil,
évocateur de la mort, une nouvelle vie sannonce illuminée par le Soleil levant.
À la foi chrétienne,
laube rappelle lheure de la résurrection.
Durant le cours de lannée, chaque dimanche le rappelle; plus spécialement,
et chaque jour, lOffice du Matin chante dans lallégresse le Christ pour
toujours vivant.
Une autre
caractéristique de lOffice du Soir est lespérance de la gloire, la fin
au-delà des temps, lattente de la manifestation du Seigneur en gloire entraînant
toute lhumanité avec Lui. Cette
espérance est présente à tous les offices du Soir, à un endroit ou à un autre. Aujourdhui, à lobscur de la foi,
demain dans la lumière.
LHeure du Soir
est encore toute vibrante de lexpérience du jour écoulé et de lactivité
qui, peut-être, na pas encore pris fin. Nous
apprenons, comme Jésus nous la appris à tout assumer pour tout consacrer. Des intentions précises et motivées nous font
prendre en charge toute lÉglise et le monde entier. «Laisse monter vers toi le
bruit de notre terre.» (Oraison, mardi III) Lintercession, voix du Corps du
Christ, embrasse toute lhumanité de sa tendresse et, dans la durée et
linsistance des jours, transforme les coeurs des priants en véritables
intercesseurs pour que vienne un monde de paix. La
prière du Soir est recommandée à tous par lÉglise : grâce à sa richesse
théologique et spirituelle, elle nous fait entrer chaque jour plus avant dans le mystère
du Salut qui doit être manifesté à toute personne.
La Deuxième Lecture présente un texte des Pères de lÉglise, auteurs jusquau Ve siècle. On lit aussi des oeuvres significatives de la spiritualité du saint que lon célèbre. Aussi des textes du Concile et des Papes. Ces lectures, homélies ou sermons, forment une base théologique et spirituelle de la plus grande qualité et donnent à lire chaque année les textes majeurs de la tradition dans laquelle sest formulée la foi chrétienne.
la veille au soir que le matin avant Laudes, ou dans la journée.
Pour ceux qui désireraient en amplifier la célébration la veille de certains
jours, dimanches ou solennités, un Office de Vigile est proposé. Cette Vigile est très encouragée par
lÉglise :« Les Pères et les auteurs spirituels ont très souvent exhorté les
fidèles, et surtout ceux qui mènent la vie contemplative, à la prière nocturne qui
traduit et stimule lattente du Seigneur qui reviendra : «Au milieu de la nuit,
un cri se fit entendre: Voici lÉpoux qui vient, sortez à sa rencontre.» (Mt
25,6) (PGLH #72)
On ajoute trois
cantiques de lAncien Testament et un Évangile suivi de lhymne traditionnelle
: Te Deum, À toi, Dieu, notre louange, et loraison.
La confiance baigne cette liturgie dans lassurance de la communion avec toute
lÉglise : Jésus, avant nous, est mort, et nous fait vivre de sa résurrection.
Effectivement, ce sont des versets de psaumes que les évangélistes mettent sur les lèvres de Jésus dans sa dernière prière : les psaumes 21 et 30 dans lesquels ils voient figurer certains détails de la Passion. Cest aussi à partir des psaumes que souvent les Apôtres ont annoncé Jésus Christ à Jérusalem ou dans les synagogues.[1]
Pour les Pères de lÉglise, le psautier tout entier est un livre prophétique, accompli dans le Christ. En particulier, cest une des gloires de saint Augustin de nous avoir livré avec ses Commentaires des Psaumes, la méthode la plus complète dinterprétation christologique des psaumes et, du même coup, de nous avoir fait prendre conscience que la prière de lÉglise ne fait quun avec celle du Christ, prière du Corps et de la Tête.
Cest en grande partie la prière monastique qui a montré, par son expérience
méditative, que le psautier était par excellence linitiation à lintimité
avec Dieu, à la fois voix de lÉglise et voix de lâme fidèle, voix du
Christ et voix du disciple. Ainsi saint
Athanase (+373) écrit à Marcellinus : «De même que le Christ a présenté en sa
personne limage de lhomme terrestre, pareillement quiconque le désire doit
pouvoir apprendre à reconnaître dans les psaumes, les mouvements et les dispositions de
lâme, voire à y découvrir le moyen de guérir et de corriger chacun de ses
mouvements.» Le psautier était ainsi,
pour Athanase, comme un miroir ou celui qui chante un psaume peut se regarder
lui-même et observer les mouvements de son âme; il le perçoit comme si cétait à
lui que le psaume sapplique. Le
cistercien très connu, Thomas Merton, dans
son livre autobiographique : Le signe de Jonas, dit de même : «Cest le secret
des psaumes : ils renferment notre identité. Nous
nous trouvons, et nous trouvons Dieu en eux. Non seulement Dieu se révèle à nous dans
ces fragments, mais il nous révèle à nous-mêmes en lui.»
En effet, les psaumes demeurent pour tous les temps
lexpression de la prière des pauvres gens - les anawim - et des pécheurs. «Bien
que ces poèmes soient nés en Orient il y a de nombreux siècles, ils expriment bien les
douleurs et lespérance, la misère et la confiance des hommes de toute époque et
de toute région.» (PGLH # 107) Ils ne
cachent rien de la dureté de la condition humaine, avec ses mauvais instincts, ses
injustices, les guerres et les oppressions.
quand je dis mes poèmes pour le roi
d'une langue aussi vive que la plume du scribe ! Ps 44,1
Les psaumes se présentent sous forme de poèmes. Une
question. Pourquoi le livre par excellence de
la louange inspirée, modèle de prière pour tous les croyants, toutes les cultures et
tous les temps, se présente-t-il sous forme poétique?
Même dans les prières eucharistiques, sommet de la louange et de laction de
grâce, les liturgies chrétiennes sen tiennent à une prose noble et grande dans
son expression.
Comparons une oraison du dimanche avec un passage de psaume :
«Dieu qui donnes la preuve suprême de ta puissance lorsque tu patientes et prends
pitié, sans te lasser, accorde-nous ta grâce : en nous hâtant vers les biens que tu
promets, nous parviendrons au bonheur du ciel.»
«Toi qui es bon et
qui pardonnes,
plein d'amour pour tous ceux qui t'appellent,
écoute ma prière, Seigneur,
entends ma voix qui te supplie.» Ps
85, 5-6
De ces prières, la première est une oraison, comme un discours à Dieu. La forme est le langage ordinaire quon
appelle prose. Manière directe
de parler avec un langage continu.
La seconde est un
poème. La forme est discontinu, elle
procède par vagues, celles des sentiments.
Avant tout autre
caractéristique, la poésie des psaumes comme toute poésie, se manifeste par la forme
discontinue et rythmée du discours.
Pourquoi le poète, et
surtout le priant y recourent-ils? La
personne qui pousse un cri dappel ne fait pas de phrases. Elle condense son message en peu de syllabes. De la même manière le sage qui lance un
proverbe le coule en formules frappantes et balancées, concises et piquantes, mémorables
et mémorisables. Le proverbe est à la base
de la poétique des psaumes.
Telle est la porte
dentrée en psalmodie : dire et prier les psaumes comme des poèmes, cest à
dire, parler et écouter dans un même acte grâce aux espaces vides et aux distances
maintenues entre les groupes de mots. Dans
les moments de silence dans les versets, pourra venir lair dun autre Souffle,
celui de lEsprit Saint. Alors le Verbe
de Dieu parlera dans le silence et dans le son de la voix qui prie.
car tu es mon Dieu.
Ton souffle est bienfaisant :
qu'il me guide en un pays de plaines. Ps 142, 10
Le psaume enseigne à régler la respiration, linspir et lexpir. Le génie du psaume est de faire correspondre
lunité poétique de base, le verset, avec la durée dune respiration
tranquille.
«On chante les psaumes
à choeurs alternés. Une moitié du choeur
chante à lautre un verset et lautre lui répond avec le suivant. On continue de la sorte à sadresser
réciproquement le texte. Les Pères de
lÉglise se sentaient inclinés par cette pratique à se rappeler les choeurs
angéliques qui chantent alternativement dans Isaïe : Saint, saint, saint le Seigneur...
(6,2). Ils sencouragent réciproquement
à la louange, se soutenant mutuellement pour garder le ton. Le chant à deux choeurs
entretient en nous la prière contemplative. Il suscite en nous la tension de la prière
qui, grâce à lalternance, peut-être conservée longuement. Tandis que
lautre partie du choeur chante, nous écoutons. Nous pouvons nous recueillir dans
notre coeur, au fond de notre âme.
Tranquillité, le repos profond, cest sans
doute le mot qui revient le plus souvent dans la bouche des Pères quand ils veulent dire
ce dont la psalmodie a le plus besoin, mais aussi ce que, bien exécutée, elle excelle à
produire.
La psalmodie rythme
lâme humaine, elle lordonne et produit en elle une structure claire et saine.
Lart de
psalmodier de telle manière que le silence ne se trouve pas interrompu, exige aussi une
attention à la pause. Cette pause est
précisément le coeur de la psalmodie. Elle
laisse à la Parole de Dieu un espace pour résonner.
Le chanteur écoute pour savoir si la parole trouve aussi un écho dans son
coeur à lui. La pause, cette zone réservée
au silence en chaque verset, veut conduire à ne pas abandonner, même quand on chante, le
fond de silence, et à conserver lattitude dattention recueillie et
découte silencieuse. La pause est
encore lespace de la respiration. «Celui
qui psalmodie est rempli de lEsprit Saint», dit saint Jean Chrysostome. » (Extrait
de Psalmodie contemplative, Père Anselm Grün, dans Liturgie # 105, 1998)
Contre toi, et toi seul, j'ai péché,
ce qui est mal à tes yeux, je l'ai fait.
Chaque membre ou stique[3] formule
laveu du péché à Dieu; chaque stique est rythmé sur trois pulsations.
Il nous faut ici nous défaire de la notion moderne du vers couramment
utilisée en poésie. Le vers sécrit
sur une seule ligne, mais cest une unité, il est librement relié ou non à ce qui
précède et à ce qui suit, selon quil fait partie dune phrase ou forme une
proposition indépendante. Dans les psaumes,
au contraire, le verset est normalement composé de deux membres au moins. En général
il a un sens complet et se suffit à lui-même. Cest ce quon appelle le
parallélisme des psaumes.
- tantôt cest un parallélisme synonymique :
Ps 50, 12 :Crée en
moi un coeur pur, ô mon Dieu,
renouvelle et raffermis au fond de moi mon esprit.
-
Ps 33, 11 :Des
riches ont tout perdu, ils ont faim ;
qui cherche le Seigneur ne manquera d'aucun bien.
- tantôt le premier membre exige le second pour que le verset ait un sens complet :
parallélisme synthétique : Ps 32,22 :Que ton amour, Seigneur, soit sur nous
comme notre espoir est en toi !
Il existe beaucoup dautres variantes, mais ces trois exemple sont les plus courants.
Quel est lintérêt du parallélisme ?
La répétition permet de sidentifier plus profondément à ce que lon
exprime. Son caractère est profondément humain : ainsi la vie est rythme :
activité-repos, croissance-décroissance, et lêtre humain a une droite et une
gauche, un avant et un arrière... La poésie des psaumes prend notre corps tout entier
dans une danse implicite, rythmant notre souffle.
Pour toute personne,
la mesure la plus immédiate de son rythme est offerte par les battements de son coeur. En
repos, on en compte entre 60 et 72 battements à la minute.
De là vient limage de la pulsation. Une
autre mesure est offerte par la personne qui marche ou qui danse. On parle alors, dans la poésie de
pied ou de pas. Cette image prévaut dans la poétique qui mesure
les syllabes ou les comptent.
Dans la poésie
hébraïque, on ne compte par les syllabes, mais on repère des suite de mots-mesures dont
la succession sapparente à la pulsation. La langue française ressemble à ce point
de vue à la langue hébraïque. Un exemple,
le psaume 33 : Je bénirai le Seigneur en tout temps. La succession
des mots-mesures évoque trois pulsations. Une pulsation supplémentaire sajoute :
la pause. Ainsi le verset entier avec sa
pause comporte ici 8 pulsations :
Je bénirai / le Seigneur/ en tout temps / - /
sa louange/sans cesse/ à ma bouche / - /
La pulsation psalmique a plusieurs effets, entre autre, elle installe dans la psalmodie comme une stabilité dans le flux et le reflux des versets. Cest une source dapaisement et dunification. Le rythme de la pulsation est comme tourné vers lintérieur, vers le coeur, vers la méditation.
Le verset est lunité poétique de base des poèmes de la Bible, spécialement des
psaumes. Le verset biblique est toujours une unité composée de plusieurs membres
appelés stiques. Un verset
comprend généralement deux membres (Ps 18,2) distique, parfois de trois membres (Ps 99)
tristique. Lautre élément du verset est la pause entre les stiques. Dans la tradition, cette pause a reçu
différentes appellations :
a) la médiante (*) désigne la pause du milieu du verset, entre les deux membres
dun distique. Son signe habituel est lastérique * placé à la fin du stique.
c) dans le cas dun tristique, le premier membre est suivi dune flexe,
habituellement marqué par une +.
d) hémistiche : dans les grands stiches composés de deux membres inégaux, les
deux hémistiches sont écrits sur deux lignes différentes, alors que, normalement un
stique = une ligne.
6) La strophe
La psalmodie comporte plusieurs rythmes.
Les pauses ne sont pas
à entendre comme des coupures ou des arrêts. Le
mouvement du psaume ne sarrête pas. Mais
dans lécoulement de la durée de la psalmodie, les silences ont autant
dimportance que la parole. Cest
durant les pauses que lécho des mots entendus peut pénétrer en nous et y
éveiller une réponse, un désir, une lumière.
Quelle est la bonne durée de ces pauses? La bonne durée de la pause se trouve dans la
pulsation silencieuse entre les stiques.
- le rythme égal 3 //
3 pulsations : Ps 32. Surtout dans le genre
hymnique.
- le rythme brisé 3+2
// 3+2 : Ps 5 . Ce rythme suppliant se trouve
dans le genre lamentation.
- le rythme épique ou
grand rythme 4 // 4: Ps 45 . Se trouve dans les poèmes solennels ou guerriers. Ps 67, ps
44. Dans le psautier oecuménique, qui est le psautier utilisé par la Liturgie des Heures
de lÉglise, les traducteurs ont essayé le plus possible de rejoindre le rythme de
chaque poème en hébreu.
En se livrant à cette
pulsation qui est la vie du psaume, on soriente vers la récitation égale et
tranquille dune bonne psalmodie. Certains
choeurs y arrivent dinstinct, sans contrainte.
Il en naît des moments de grâce.
8) Tons psalmodiques
Le chant des psaumes se fait sur un certain rythme. Il
se fait aussi sur un certain ton, le ton psalmodique, cest à dire, la formule
mélodique modèle que lon utilise pour chanter un psaume, un cantique. Pourquoi un ton ? Nest-il pas étrange
quun même ton puisse servir à exprimer, dans un psaume, des versets de sens si
divers : louange, supplication, histoire, sentence ?
Le ton en psalmodie nest pas
expressif mais impressif. La psalmodie est
tournée vers lintérieur, elle vient de Dieu, et pour nous, elle est davantage
passivité quactivité, comme la contemplation. Cest cela que permet la
répétition traditionnelle dun ton simple, modèle mélodique. Une mélodie expressive du sens des versets et des
mots mettrait au premier plan lactivité lyrique de celui, celle qui chante. La psalmodie, au contraire, permet de nous
identifier daussi près possible à la parole du psaume. Nous devenons nous-mêmes psaumes pour Dieu. Un ton, neutre en soi, peut nous aider à
approfondir et creuser le sens de chaque verset.
Les éléments mélodiques de la psalmodie se ramènent à deux : la teneur et les variantes
(ou différences).
La teneur :ou corde récitative, consiste en une note choisie sur laquelle se
récite lensemble dun verset, ou au moins dun stique. Dans la psalmodie ordinaire, la teneur est
unique. Mais on peut avoir une teneur
principale sur le début dun verset et des teneurs secondaires, spécialement sur le
dernier membre.
Les variantes sont au nombre de trois :
- la finale affecte la fin du verset.
- la médiante * affecte la fin du premier stique ou du second si on a un
tristique.
- la flexe + affecte la fin du premier stique si on a un tristique.Ex : Ps 99
La notation musicale
des tons psalmodiques :
Figures de notes : cinq figures suffisent pour lensemble de la psalmodie :
La ronde avec des
barres latérales (caudée) correspond à la teneur,
La ronde non caudée
correspond à lavant-dernière pulsation (syllabe soulignée dans LH)
La noire non caudée
correspond à des syllabes de passage ou de préparation avant la finale.
La noire caudée
correspond à la note finale.
Divers systèmes de variantes : (feuille dillustration)
Les variantes en usage dans la psalmodie en français peuvent se ramener à trois types
selon la syllabe sur laquelle se produit la rupture de la teneur.
1) le dernier posé (ou pulsation) du stique
Louez, serviteurs du
Seigneur / louez le nom du Seigneur.
2) lavant-dernière syllabe du stique, et par extension, les avant-dernières
syllabes dun stique.
De telles variantes ont lavantage de la légèreté.
Elles ne freinent pas le débit, pourvu quelles soient de vraies notes de
passage, sans allongement indu.
Ex. Louez, serviteurs du Seigneur / louez le
nom du Seigneur
et : Louez, serviteurs du Seigneur / louez
le nom du Seigneur.
3) Lavant dernière pulsation et la dernière pulsation :
Ex : Louez, serviteurs
du Seigneur / louez le nom du Seigneur.
Ce type de psalmodie est lun des plus utilisés.
Elle sadapte aisément à la diction naturelle du français. Les éditions de Liturgie des Heures et de Prière
du Temps présent ont le soulignement de lavant-dernière pulsation, ce qui facilite
lusage des tons de ce type de psalmodie.
Dans la Présentation générale de la Liturgie des Heures, lÉglise encourage beaucoup la variété des formes de psalmodie pour assurer davantage la mise en oeuvre du chant de tel psaume selon son genre littéraire : «Selon que le requiert le genre littéraire ou sa longueur, selon quil est dit ou chanté par un seul ou plusieurs... on peut proposer une façon ou une autre de dire ou chanter les psaumes pour que ceux qui psalmodient perçoivent plus facilement le parfum spirituel et littéraire des psaumes. Ceux-ci ne sont pas employés comme une quantité quelconque de prière, mais on a tenu compte de la variété et du caractère propre de chaque psaume.» (# 121)
ou entre un petit
choeur et lensemble de la communauté.
Cétait la forme pratiquée dans la psalmodie latine, celle à laquelle nous sommes
habitués et qui nous est plus aisée.
- elle rend possible une bonne participation ou chacun a sa part, même si lon
nest pas très doué en chant, nous sommes soutenus par nos voisins.
- la participation de tous exprime bien la communion, en même temps que lalternance
est facteur de réciprocité. Un choeur
répond à lautre.
- la forme est assez dynamique, forme activante mais aussi pacifiante, puisque chaque
choeur alterne le chant et lécoute.
- cette forme donne à la psalmodie une impression indéniable dunanimité et de
force.
- mais il faut que le psaume soit relativement court et que cette forme ne revienne pas
trop souvent, sinon elle dévalorise la psalmodie.
- cette forme convient mieux aux psaumes-hymnes ou de louange
- la structure de certains psaumes suggère cette forme : Ps 66, 45, 106...
- cette forme favorise lintériorisation du psaume par le fait quil est
écouté. Par le fait également de la répétition du refrain qui sancre davantage
dans lesprit et le coeur.
- quand il y a beaucoup de fidèles, cette formule permet aisément leur participation.
- cette forme demande une exécution bien rythmée.
- cette forme responsoriale est merveilleuse si elle est légère, alerte, dynamique,
vivante. Elle suppose des communautés ou
assemblées éveillées et réactives.
- elle figure le dialogue de Dieu et de son peuple. Elle
actualise lAlliance.
- de la part de ceux qui écoutent, lintériorisation contemplative du psaume est
plus aisée.
- cette forme remplit la première fonction du psaume qui est lannonce de la Parole
de Dieu. Chacun lécoute comme
lEsprit lui donne de la recevoir.
- dans une prière de petites communautés, cette forme de prière est davantage
appréciée.
Chaque psaume a son histoire biblique, historique et spirituelle. Il est important dans un milieu monastique et contemplatif de bien fréquenter, étudier, méditer et prier chacun en particulier, durant la lectio divina ou le temps détude personnelle ou en communauté.
Dune façon générale, la poésie dIsraël nest jamais purement personnelle. Elle naît de la vie dun peuple. Elle est, dans un sens très vrai, un produit de la nation juive. Et la principale source de ce peuple était le culte. Nous nous souvenons du livre des Nombres, de celui de lExode, du livre de Judith... Cest dans les célébrations liturgiques quIsraël a pris conscience, plus que partout ailleurs, de sa qualité de peuple de Dieu. Il ne fait pas de doute que la Liturgie est la situation concrète qui explique mieux que tout autre lorigine des psaumes.
Classification actuelle[4] : (La numérotation des Psaumes est ici celle de la Bible)
Ces psaumes constituent la catégorie la plus nombreuse.
À lorigine, ils semblent bien navoir été que des prières individuelles et non celles de
la communauté. Parmi ces psaumes :
a) les psaumes de supplication :5, 6 ,7, 13, 17, 22, 25, 26. 27, 28, 31, 35, 38, 39, 41,
42, 43, 51, 54, 55, 56, 57, 59, 61, 64, 69,70, 71, 86, 88, 102, 109, 120, 130, 140, 141,
142, 143.
maladie, danger de mort imminente, fausse accusation...
b) les psaumes exprimant la confiance : 3, 11, 16, 23, 62, 131.
Psaumes de supplication : communautaires : 44, 58, 60, 74, 77, 79, 80, 82, 83, 85, 90,
108, 125, 137.
Ces psaumes furent chantés par la communauté à loccasion de calamités nationales
ou quelle était menacée dun grave péril.
Laccent est mis sur lAlliance et les interventions de Dieu dans le
passé.
2) Psaumes
daction de grâces
a) individuels : ils étaient destinés à être chantés au cours de loffrande
dun sacrifice personnel et ils expriment la reconnaissance de loffrant pour la
délivrance dun danger ou la guérison dune maladie. Le milieu naturel de ces psaumes est la Liturgie.
Psaumes : 4, 9, 18, 30, 32, 34, 40, 63, 92, 107, 116, 118, 138.
b) ici la gratitude est nationale.
Psaumes : 65, 66, 67, 124, 129.
Ces psaumes sont entièrement consacrés à célébrer la bonté du Seigneur. Les fêtes dIsraël, tel est le cadre dont
généralement nous devons placé lorigine des psaumes de louange. La participation active du peuple prenait la forme
dapplaudissements, de cris et dacclamations joyeuses. Ainsi lAlléluia.
Ce qui caractérise
essentiellement le psaume de louange cest son désintéressement. On ny trouve ni demandes personnelles, ni
retour sur soi. Lhymne est entièrement
théocentrique.
Psaumes : 8, 19, 29, 33, 68, 100, 103, 104, 111, 113, 114, 115, 117, 135, 136, 145-150.
Ces psaumes célèbrent un événement survenu à la cour du Roi, ou une victoire
remportée par le Roi, ou encore, une prière pour le Roi.
Le Roi, pour le peuple dIsraël, est linstrument appelé à réaliser
le plan de Dieu., représentant de Dieu chargé de conduire son peuple, et le porte-parole
du peuple auprès de Dieu. La plupart des
psaumes royaux sont messianiques et ils ont été reconnus comme tels dans le Nouveau
Testament.
Psaumes : 2, 20, 21, 45, 72, 89, 101, 110, 132, 144.
5) Les psaumes de Sion
Ces psaumes glorifient la ville sainte, celle où habite Dieu, en son Temple. Le pèlerinage est leur cadre naturel. La Loi prescrivait trois pèlerinages annuels :
Pâque, Pentecôte et Tabernacles. Tout
adulte israélite masculin était obligé dy prendre part. Les pèlerinages à Sion (Jérusalem) étaient
fréquents et ils saccompagnaient de cérémonies spéciales.
Psaumes : 24, 46, 48, 76, 84, 87, 122.
6) Psaumes du Règne
de Yahvé
Hymnes de louange chantant le Roi unique dIsraël et du monde. Lidée que Dieu est le vrai Roi
dIsraël apparaît très tôt dans lHistoire dIsraël. Dieu trônait au milieu de son peuple sur
lArche dAlliance. Ces psaumes du
Règne sont nés dans le contexte des fêtes liturgiques.
Psaumes : 47, 75, 93, 96-99.
7) Psaumes
sapientiaux
Psaumes influencés par
le courant de sagesse. Plusieurs concernent
le problème de la rétribution. La plupart
représentent lenseignement traditionnel. Mais
il y a progrès dans cette perception :
a) Lenseignement traditionnel : Ps 1, 15, 52, 112, 119, 127, 128
b) Anomalie que présente la souffrance des justes : Ps 9, 12, 14, 53, 94
c) Le vrai bien du juste est la possession de Dieu : Ps 36, 91, 139
d) Enfin, le psalmiste découvre la vraie solution : Ps 37, 49, 73.
8) Psaumes de la liturgie deutéronomique
Petit groupe de psaumes
qui représentent la Loi du Deutéronome. Les
thèmes principaux sont :
- lobservance des ordonnances du Deutéronome
- linvitation à rester fidèle au vrai culte de Yahvé,
- le rappel des événements de lExode.
Ps 81, 95, 78, 105, 106.
[1] Ps 2 dans Ac 4, 25-26; Ps 15 dans Ac 2, 25-28 et 13,35; Ps 68 dans Ac 1,20; Ps 108 dans Ac 1,20; Ps 109 dans Ac 2,34-35; Ps 117 dans Ac 4,11. La lettre aux Hébreux utilise aussi plusieurs psaumes.
[2] Cette partie sur la Psalmodie sinspire du Traité de Psalmodie, J. Gélineau
[3] Du grec stychos : couche, strate, tranche = ce qui se dit dun seul jet et est généralement écrit sur une seule ligne.
[4] Cette classification suit le volume : Nouvelle Introduction à la Bible, Wilfrid Harrington, Édition du Seuil, 1970.